La majorité de nos productions se fonde sur des œuvres conçues pour les églises et monastères (et maintenant souvent conservées dans des musées) – ou s’en inspire. Voici quelques indications qui peuvent aider à en discerner la profondeur, et à en apprécier tant le rayonnement intérieur que la beauté.
L’ART ROMAN
C’est de la fin du Xe siècle au début du XIIIe siècle que fleurit l’art roman. La chrétienté est alors à son apogée, et Jésus-Christ règne tant sur les sociétés que sur les arts.
« Il n’y a ni chose ni action (au Moyen-âge) qui ne soit en continuelle relation avec Jésus-Christ ou avec la foi. Tout concourt à un regard de foi sur toute chose » (J. Huizinga)
L’art Roman a une origine monastique et rurale. Il a recueilli l’héritage des arts qui l’ont précédé, parmi lesquels on distingue l’hispano-wisigothique, le préroman asturien, le carolingien, le mozarabe et le byzantin (antérieur au schisme d’Orient).
L’abbaye de Cluny, sise au sud de la Bourgogne, est le plus puissant vecteur de son expansion dans l’Europe entière.
L’art roman n’a pas pour objet la représentation matérielle des personnes et des choses, ni une imitation de la nature. Son « talent » est de manifester la réalité des choses – et donc la présence de Dieu, l’œuvre de sa grâce, l’harmonie de l’univers, la finalité des êtres – par delà la représentation imagée : la justesse des proportions, l’harmonie des couleurs, le foisonnement des allégories et des symboles, la simplicité et la modestie des scènes, la richesse des drapés et des rinceaux, la dynamique des formes, et la « lisibilité » de l’ensemble concourent à cette manifestation. C’est pour cela que la puissance de l’art roman ne s’arrête pas à l’imagination de celui qui l’admire : mais à travers elle, l’art s’adresse à l’intelligence et au cœur, ouvrant l’esprit à l’infini, à l’éternel, à Dieu.
La civilisation chrétienne n’a pas aboli ni dénaturé les antiques canons de la beauté : elle les a transfiguré de l’intérieur. La recherche de la plénitude d’être dans la juste mesure et dans l’harmonie de la proportion a été purifiée et élevée : elle est devenue la recherche de la révélation du mystère de Dieu présent à l’intime de sa création et voulant, par sa grâce, porter sa création à l’intime de lui-même. C’est un monde racheté que fait resplendir l’art chrétien, un monde libéré de la servitude du péché et de la pesanteur de la chair, un monde en attente de la révélation dernière qui sera la récapitulation de toute chose en Jésus-Christ gloire vivante de Dieu.
Pour l’art roman, quelques principes simples conduisent l’œuvre à son achèvement:
- la beauté est l’affleurement de Dieu dans sa création et conduit à lui.
- la primauté de l’esprit qui domine une œuvre qui est naturellement enracinée dans la matière est l’image et le gage du triomphe du bien sur le mal.
- les lois de l’esthétique naturelle qui font une œuvre belle sont les instruments précieux d’une grâce qui fera les œuvres saintes.
L’ART GOTHIQUE
Cette dénomination impropre désigne l’art de chrétienté qui a fleuri du XIIe au XVe siècle. On ferait mieux de parler de période ogivale pour l’architecture et étincelante pour tous les arts tant les artistes de cette époque ont su capter et sculpter la lumière, dans les volumes architecturaux, les vitraux et les enluminures.
Cet art est encore inspiré par la foi catholique et veut l’exalter. Mais la sécularisation de la société le rend davantage désireux de manifester la grandeur de l’homme dans le culte de Dieu, plutôt que la grandeur de Dieu dans la vie humble de l’homme comme ce fut le cas dans l’art roman.
C’est ce qui a conduit peu à peu l’art gothique vers l’humanisme de la Renaissance. L’humanisme ? Quoi de plus inhumain que ce qui laisse l’homme à la merci de lui-même ?
La richesse des moyens utilisés par l’art gothique lui a fait produire des œuvres magnifiques, où la lumière joue un rôle central.
Une longue transition
L’art roman et l’art gothique se côtoyèrent pendant un siècle. Cette transition est marquée par d’immenses artistes comme saint Bernard de Clairvaux ou Suger de Saint-Denis. De toute leur influence ils ont travaillé à maintenir dans les âmes, les arts et la société la primauté de la vie théologale : la foi comme fondement et comme lumière, l’espérance comme direction et comme élan, la charité comme cœur et comme achèvement. Les œuvres qu’ils ont inspirées en portent la marque profonde.
Cette période nous montre l’influence mutuelle de l’art et de la société, et l’admirable diversité qui s’épanouit à travers toute la chrétienté : des cathédrales de Chartres et Compostelle aux fresques catalanes, en passant par les ateliers d’enluminure et les maîtres verriers.